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Un dieu pour les ivrognes

La gueule de bois, ce matin..., la tête lourde, la bouche pâteuse et pourtant je n'ai rien avalé qui justifierait tout cela,  ah si,  ils  ont  voté... J'aurais dû, j'aurais dû, boire..., parce qu'il y a un dieu pour les ivrognes.

 

Il y a un dieu pour les ivrognes.
Le sujet n’a pas bonne presse. Il n’est pas socialement recevable.

Vivons cachés pour vivre heureux, entend-on souvent. Alors, faut-il également boire en cachette ? Les plus belles vitrines et les plus beaux rayons qu’offre la société de consommation à l’occidentale, sont plus "traditionnellement" à rechercher dans le sage alignement des bouteilles d’alcool des rayons de supermarchés ou des "duty free" sans frontières. Ces soldats inconnus montent une garde fascinante autour de breuvages qui promettent.

"L’abus d’alcool est dangereux" menace pourtant sentencieusement une recommandation dont tout le monde retient l’adjectif et oublie négligemment le nom. Jamais "toaka" (alcool) n’aura trouvé meilleure publicité, qui parle et fasse la notoriété de bouche (pâteuse) à oreille.
Ses amateurs ne savent pas nécessairement contre quels écueils il leur faut louvoyer dans la mondialisation quelque peu manichéenne du futile, du vraiment utile et de l’agréable inutile. Selon une jauge mystérieuse, la consommation "personnelle" peut être domestique ou relever déjà des statistiques officielles.
Ne jamais faire confiance à quelqu’un qui ne s’abandonne pas, même un tout petit peu, et de temps en temps, à l’ivresse enthousiaste de ceux qui savent ne pas avoir le vin méchant. Amateur de bière, le mélange de la brasserie avec la vigne peut cependant compromettre les meilleures résolutions.

"In vino veritas": au moins depuis les Romains, l’Humanité a donc su chercher (trouvera-t-elle jamais) quelques certitudes à écluser tonneaux et déboucher bouteilles. Depuis, et même bien avant, on n’a jamais arrêté de refaire le monde.
Le "toaka" délie les langues avant de, progressivement, l’embrouiller. Aux discours enflammés succédera une diction beaucoup moins articulée. La réflexion timide se découvrira le courage de la convivialité avant de s’enliser dans d’incompréhensibles borborygmes. Une haleine caractéristique éloignera alors pour quelque temps l’oreille la plus complaisante.

De l’alambic à l’estaminet, du comptoir à la terrasse, certaines civilisations ont su articuler l’agora autour de cette convivialité liquide. Un mode de vie s’institutionnalisera ainsi en art de vivre. Vivre dehors, animer de vives discussions le crépuscule d’après bureaucratie, conjurer les ténèbres en en repoussant le couvre-feu.
C’est le moment de se souvenir de l’avertissement légal: "L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. Consommer avec modération".

Les hallucinations éthyliques ne sont pas seulement une vue de l’esprit mais, si le dieu des ivrognes ne fait pas d’apparitions miraculeuses, il veille. Certains pratiquants invétérés prétendront lui avoir parlé comme d’autres religions assurent avoir reçu une révélation de leur dieu. Certains de ces dieux interdisent surtout quand le dieu des ivrognes reste permissif. Un dieu accommodant et véritablement oecuménique, un dieu des rencontres inattendues quand les autres excellent dans l’excommunication, un dieu de la vie versé dans la conjuration consciencieuse de la mort.

Quand les civilisations se découvrirent mortelles, les hommes burent pour oublier (Sarkozy ? mais c'est une autre histoire...).

Vos commentaires

1 Le Lundi 7 Mai 2007 à 14:28 GMT+2, par Un Amour de Serge

"L'abus d'alcool est dangereux", surtout pour les autres.
Le décalage est alors assourdissant.
L'individu se libère de sa peau (de chagrin ?) pour plonger dans la joie de l'oubli ou de l'incontrôle.
Nul doute qu'un jour, la bouteille portera le même message que le paquet : "L'abus d'alcool peut tuer". Et s'il est vrai qu'il peut tuer, c'est plus l'envie de la partenaire qu'autre chose. Pour peu que l'abus soit agrémenter d'un cigare, et on a plus qu'à ranger le sien.

Et la différence n'est que culturelle entre il a bu et il abuse, à peu de chose près une question d'espace ...

2 Le Mardi 8 Mai 2007 à 09:01 GMT+2, par jcfrog

Je donnerai bien mon avis mais comme je n'ai pas bu une goutte d'alcool depuis 324 jours, je ne suis pas "digne de confiance" ;)

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