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J'ai plus que deux fois dix huit ans...

"Les jeunes de 21 à 40 ans" peut-on lire dans le partenariat entre la banque BFV-Société Générale et la JCI (Jeune Chambre Internationale), vu à la RNS (Rencontre Nationale Sportive) de Vichy. C'est quoi, alors, la jeunesse si elle associait finalement un gars de 40 avec une fille de 21 ans (quoique, est-ce que cela me gênerait vraiment, moi ???) , tout juste majeure, qui pourrait être sa fille ?

 

Gabriel Garcia Marquez raconte son long parcours jusqu'à son 90ème anniversaire. La première fois qu'il associa son âge à la vieillesse, ce fut à 42 ans. On lui a raconté que les premiers symptômes de la vieillesse, c'est quand on commence à ressembler à son père. Dans la cinquantaine, il constatait ses premiers trous de mémoire discernables à l'inquiétude de ses amis qui n'osaient pas lui dire qu'il leur racontait la même histoire que la semaine précédente. Nonagénaire, il pouvait se permettre de rire des "gamins de quatre-vingts ans": "que les vieux perdent la mémoire des choses qui ne sont pas essentielles et gardent presque toujours celle des choses qui les intéressent le plus, est une victoire de la vie"*.

C'était une surprise dont je m'amusais chaque fois que celle de mes lecteurs (d'un temps béni où j'arrivais à pondre une chronique régulièrement...) qui s'attendaient à rencontrer un quinquagénaire d'expérience et qui tombaient sur un "jeune" blasé... Mais, où c'est écrit, dit Philippe Djian, que je doive attendre d'être vieux pour cesser d'être con ?

Les jeunes peuvent se permettre le luxe de se tromper, de perdre. A mesure qu'on avance en âge, le quota de défaites permises s'amenuise et chaque combat devient un peu plus le dernier. Voilà sans doute la raison de la "résistance" exacerbée de ces grands vieillards qui semblent d'autant plus s'accrocher à la vie qu'ils approchent du centenaire. Obstination à vivre qui tient de l'exploit sportif, comme un défi lancé à soi-même avant de s'endormir chaque soir avec la crainte secrète de ne pas se réveiller le lendemain: les vieux passent pour insomniaques, finalement, c'est la peur de fermer les yeux qui les maintient éveillés.

J'oubliais que j'avais deux fois dix-huit ans, chante Dalida, face à l'insolence de la jeunesse de son compagnon. Moi aussi, j'aime bien me lever à l'aube, à l'heure où ne blanchit même pas encore la campagne. Le silence égoïste de ces heures pourtant ingrates est propice à la création de mes insanités. Moi, aussi, je perds une clé qui se trouve déjà dans ma poche. Moi, aussi, j'oublie de prendre les lunettes que j'étais pourtant venu exprès récupérer. Moi, aussi, j'oublie des rendez-vous que ne me rappelle pas le vibreur de mon agenda de papier, comme au bon vieux temps des "diary" de mes grands-pères.

Allons bon, quand on a décidé minutieusement ses propres trajectoires par des positions morales (et arbitraires ?) établies à dix-huit ans, et que dix-huit, ou plus, autres années plus tard, on n'y apporte que des retouches de raffinement, presque de coquetterie, où avait commencé la vieillesse, où s'était arrêté la jeunesse ?

* Gabriel Garcia Marquez, "Mémoire de mes putains tristes", Grasset, 2005, p.18

 

Vos commentaires

1 Le Samedi 12 Mai 2007 à 12:05 GMT+2, par Un Amour de Serge

A mon avis, la question de la jeunesse ou de la vieillesse n'est pas temporelle mais physique.

Impossible de dire quand, mais évidemment le où est simple : tout se passe dans le cerveau. Le contenant importe peu. Le contenu oui.

On peut mourir jeune à 90 ans ... ou vieux à 30.

Je pense quand même que le côté hormonal n'est pas à négliger. Sachant que ce dernier joue sur la libido. Donc cette dernière n'est pas révélatrice d'une quelconque jeunesse mais juste d'un état interne.

Remarque : la "petite" du matin ne compte pas dans la mesure où ce n'a qu'un rapport avec l'état de la tuyauterie et de l'évacuation des eaux usées.

J'ajoute que le fait d'avoir un cerveau influe grandement sur l'état global de la personne. Si au début, il apparaît clairement comme un handicape, amenant une réflexion peu avenante chez de jeunes sujets, il est indispensable pour entamer une deuxième jeunesse. Les microcéphales n'ayant pas cet outil (ou si peu) n'auront pas le nécessaire recul pour activer cette deuxième jeunesse qui tend les bras à qui sait la voir.

2 Le Lundi 14 Mai 2007 à 12:11 GMT+2, par Rojo

Presque d'accord avec la vision toute poétique qu'aurait un Amour de Serge sur la vieillesse : l'imagination au pouvoir !

Mais il faut, je pense, peu ou prou, tenir compte de la carcasse :
Si, dans un élan de jeunesse, on voudrait se prendre pour un yamakasi, un ventre proéminent, des muscles atrophiés nous enverraient tout droit dans le mur...;-)

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